[Ici] Nuée d’oies sur le Saint-Laurent


DSC05252DSC05252 - Version 2A. C. & H. M.

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[Là-bas] Au milieu des difficultés

In the middle of difficulty

10 juillet 2001. Dans le nord de l’Inde, au Ladakh, que d’aucuns surnomment le Petite Tibet.

Les jours précédents, nous avons logé dans le village de Saboo, à une huitaine de kilomètres de Leh, la capitale du Ladakh — autrefois une étape importante sur la route de la soie. Bien que, politiquement, il en aille tout autrement, le Ladakh fait géographiquement partie du Tibet. Les réfugiés tibétains et leurs descendants y sont d’ailleurs très nombreux. Et avec eux, la culture tibétaine et le bouddhisme.

Au matin, nous avons marché de Saboo à Leh par les collines. Une plaisante randonnée de trois heures à peine. En fin d’après-midi, une fois installés dans un guesthouse, toujours avides de randonnée, nous décidons de monter vers le Namgyal Tsemo Gompa, le monastère rouge (tsemo) érigé en 1430, en empruntant un sentier escarpé derrière le palais de Leh (en ruine). Cette montée promet une vue sur Leh et sur ses environs lunaires — le Ladakh est en effet une région sèche qui ne reçoit pas de mousson.

Arrivés au gompa, toujours pas rassasiés de marche, nous jouons les équilibristes sur une crête et atteignons un pic rocheux voisin, où se dresse un amas de drapeaux de prières. Nous avons le souffle un peu court, à cause de l’altitude, de l’effort, peut-être aussi du panorama.

Soudain, près de l’entassement de drapeaux, nous sommes surpris par la présence inattendue d’un lama d’apparence très fragile (proche de son exitus, dit Hélène) qui lit au calme — mais sans doute prie-t-il. L’homme, qui prétend avoir 86 ans — on ne suppose pas aux moines le vice du mensonge —, s’étonne moins de notre présence que de notre persévérance. «In the middle of difficulty lies opportunity», nous lance-t-il en esquissant un sourire complice. Puis il disparaît par la crête, tel un funambule qui en a vu d’autres.

Sur le coup, croyant à une parole de sage tibétain, je note la sentence sur un bloc Rhodia. Ce n’est que quelques années plus tard, en parcourant un ouvrage de vulgarisation scientifique, que je tomberai de nouveau sur ces mots… d’Albert Einstein ! Le sourire du lama aura dû patienter des années avant de trouver son vis-à-vis complice.

A. C.

[Ici] Un jeu d’échelles et serpents

Jeu d'échelles et serpents

Quartier Maisonneuve. Un jeu d’échelles et serpents a été peint sur le ruban de ciment d’une ruelle. Compte tenu de la dimension du jeu, on imagine que les enfants y incarnent eux-mêmes le pion qui avance, glisse le long du serpent ou monte au ciel… après un parcours en boustrophédon — alternativement de gauche à droite et de droite à gauche. Rien de moins!

Cette  tête de serpent enfantine ne me fait pas oublier que je déteste ce genre de jeu manichéiste et pour moi anxiogène; un jeu d’inspiration hindoue datant d’avant Jésus-Christ, qui symbolise le parcours moral d’une vie, avec ses mauvaises actions punies et ses bonnes actions récompensées.

Quelques questions : Pourquoi le serpent a-t-il une gueule si sympathique, lui qui déclenche la rétrogradation? (De 49 à 13, rien de moins!) Y a-t-il toujours ce règlement prescrivant que si le chiffre annoncé par le dé ne permet pas au joueur d’arriver exactement au ciel, il doit reculer du nombre de points supplémentaires ? Il ne suffit pas de parvenir au ciel, encore faut-il y arriver juste et sans excédent de points ! Humble et sans biens. Et rien de plus!

Nous n’avons pas trouvé sur place le dé du hasard dont le roulement détermine le destin des joueurs.

A. C.

[Là-bas] La photo du Dalaï-lama

La photo du Dalaï-lama

«Parmi les nombreux ailleurs asiatiques, il y a le Tibet, et parmi les ailleurs tibétains, ce désert de haut plateau où nul ne peut se fixer, le pays des nomades, les Drokpas, comme disent les Tibétains; les Dokpas, écrit plutôt Alexandra David-Neel; “gens de solitude”, traduit-elle.» (A.C. Mendiant de l’infini, 2002, p. 49-50). C’était début juin 2000, sur le plateau du Ngari (4,500 mètres d’altitude), le pays des nomades, quelque part entre Saga et Paryang. Ce jeune Drokpa portait sur lui un objet interdit, dont la seule possession aurait pu le conduire en prison : une photo du Dalaï-Lama, qu’il nous montrait en secret.

A. C.