[Ici] Par la lorgnette 1: Gens de sieste

Je me souviens de siestes sucrées, musicales, parfumées […], écrit Thierry Paquot, dans L’Art de la sieste. Et d’ajouter, un peu plus loin : La vérité de la sieste nous échappe toujours. Nul, en effet, ne saurait dire ce qui se produit chez ces dormeurs durant la sieste, peut-être même pas eux-mêmes au réveil. Ces siesteurs, qui mordent sur le temps de travail, sont en effet insaisissables. Leur esprit rêve, gambade, jouit, tandis que leur corps est à l’arrêt. Il y a là une double résistance à la frénésie contemporaine où toute seconde doit être utile, productive, payante.

Or, la sieste, on le sait d’expérience, permet une meilleure concentration. Les spécialistes du sommeil disent même qu’une sieste de moins d’une demi heure réduit les accidents de travail et de conduite automobile, qu’elle diminue le stress, améliore la mémoire, adoucit l’humeur, libère la créativité, insuffle une nouvelle énergie, etc. La sieste serait donc utile, et même productive!

Il me semble que ça se voit, non!

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[Là-bas] Le salaryman

P1050364 P1050362Dans l’une des neuf villes japonaises possédant un métro. Un passager, debout au milieu d’une foule indifférente, s’absorbe dans un manga. On peut aisément voir dans cet homme un salaryman, comme disent les japonais pour désigner les cadres non dirigeants d’une entreprise, ainsi que leur style de vie axée sur le travail et la fidélité à la compagnie.  À comparer la physionomie de ce lecteur et celle du personnage de salaryman du manga, j’ai l’impression qu’il lit le récit de sa propre vie.

À bien y penser, notre vie ne se présente-t-elle pas, par moments, comme une succession si compacte de faits et de relations qu’il y aurait lieu qu’un manga vienne nous la raconter, ne serait-ce que pour lui donner sens?

A.C.

[Ici] Dessins d’enfants

Flâneries du mercredi

Dessin d'enfant 1

Six remarques à propos de dessins d’enfants tracés à la craie sur l’asphalte de Ville-Émard.

1) On sait que les dessins que produisent les enfants témoignent de leur développement moteur, intellectuel, affectif. Or, n’est-ce pas toujours émouvant, pour un adulte, de sentir un être humain qui cherche ses aises et ses balises au début du long processus de la vie?

2) Les enfants ont différentes raisons de dessiner. Entre autres, pour faire comme les grands qui leur fournissent des images par les livres, le cinéma, la télé pour enfants. Cette aspiration à rattraper le monde des adultes est en elle-même chaque fois troublante. On aurait envie de leur suggérer de prendre leur temps, mais ce serait peine perdue…

3) La production de dessins est toujours valorisée par les parents et autres adultes. Chaque dessin d’enfant apparaît alors comme une recherche d’approbation, d’appréciation, voire comme une quête d’amour.

4) Sous les…

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[Là-bas] Les sorcières du Svalbard

Côtes du SvalbardL’archipel du Svalbard, qu’on dit baignant dans la mer de Norvège, la mer du Groenland, la mer de Barents et l’océan Arctique, se situe entre 74° et 81° de latitude nord. Longyearbyen sa capitale, est à mi-chemin entre le pôle nord (à 1,300 km) et le cercle polaire (à 1,260 km). (Je note qu’au passage du cercle polaire, le capitaine du navire M. S. Vesterålen, sur lequel nous faisions la ligne de l’Express côtier de Norvège, dite Hurtigruten, « la route rapide », avait offert le champagne pour souligner l’évènement!)

Bien que nous soyons à la mi-juin, à Longyearbyen, il doit faire autour de 8 °C. C’est la période du jour polaire, ce temps de l’année (du 20 avril au 23 août) où le soleil ne disparaît jamais sous l’horizon. Des motoneiges recouvertes de bâches ont été mises en attente jusqu’au retour de l’hiver, on dirait des yaks affalés… À la terrasse d’un bar, des clients en t-shirt se font bronzer.

Nous embarquons sur le Langøysund, un 135 tonnes de 1954 battant pavillon norvégien, et longeons les côtes de l’archipel, qui sont montagneuses et glaciales. La température chute vers les 2°, 3°C. On comprend mieux le sens du mot Svalbard, qui signifie « côte froide ». Nous y croisons quelques occupants…

Scan0116Dans Neige noire, d’Hubert Aquin, lorsque le navire s’approche de l’archipel du Svalbard, le cinéaste Nicolas Vanasse explique à son épouse, Sylvie Dubuque, pourquoi il a choisi cette destination pour leur voyage de noces : « Il fallait que ce soit extraordinaire et comme au bout du monde… Très loin de tout et sauvage », dit-il. C’est là que nous sommes, en un lieu extraordinaire et sauvage au bout du monde… Un peu auparavant, le narrateur de Neige noire, apercevant, depuis l’avion, « le paysage bosselé et dévasté » de l’archipel, avait déjà eu ce commentaire : « Ce panorama a quelque chose d’extrême: c’est comme une infra-terre, dénudée, découpée par
 les fjords, hantée par le pôle Nord tout proche. » Hantée par le pôle, bien sûr, mais peut-être aussi par les sorcières des côtes, qu’Aquin n’a vraisemblablement pas vues. Ou qui ne l’ont pas inspiré.

A. C.

Sorcières du Svalbard1Sorcières de Swalbard

[Ici] Les lacs de Rorschach

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L’outil clinique appelé test de Rorschach consiste en une série de taches symétriques qui sont proposées à la libre interprétation du patient évaluée. On me permettra, ici, de métaphoriser ce test en rappelant que, les jours de vent tombé, les quelques 400,000 lacs du Québec offrent de magnifiques exemples de telles formes symétriques — ou à peu près, car il reste toujours un certain brouillage.

Voici un échantillon de telles formes symétriques, grappillées ces derniers étés dans la Réserve Faunique de Portneuf. Ces échappées de vue sur des formes abstraites inépuisables peuvent intéresser la géopoétique, qui a pour but de rétablir et d’enrichir les rapports de l’humain à la planète terre et à sa beauté. Chaque photographie, prise d’un canot ou d’une chaloupe, rend compte d’un moment fusionnel avec le paysage; ce sont là, en quelque sorte, ce que le géographe et poète  Jean Morisset appelle des échappées géopoétiques.

A. C.